Aïssat Idir Figure la plus marquante du mouvement syndical en Algérie, il a permis à l’UGTA d’exister un 24 février 1956 L’ancêtre du syndicalisme algérien
"Je me souviens qu’en franchissant pour la première fois le seuil de la Maison du peuple, siège de la Centrale syndicale, j’avais remarqué son portrait accroché un peu partout. Dans le hall et dans les bureaux, toujours la même photo en noir et blanc, dans le pur style des années 50. Aïssat Idir, photographié presque de profil, semble fixer un point au loin. Une moustache fine et un grain de beauté sur la joue sont les signes distinctifs que reflète le portrait. Je n’avais en ce temps-là qu’une vague idée sur le personnage, et les syndicalistes que je côtoyais alors se chargèrent, avec plaisir, de me raconter le parcours de Aïssat Idir : un symbole de la lutte armée et la figure la plus marquante du mouvement national et syndicaliste algérien.
Ils parlaient avec beaucoup de passion et de fierté de celui qui a permis à l’UGTA d’exister et aux travailleurs de jouir de leurs droits. Les plus vieux d’entre eux, nostalgiques, se perdaient dans leurs souvenirs et racontaient avec une lueur particulière dans les yeux les années de lutte pour la création d’une centrale syndicale. " Un homme courageux, un militant convaincu et un révolutionnaire ", disaient-ils.
Aïssat Idir est né le 7 juin 1919 à Djemaâ Saharidj, wilaya de Tizi Ouzou. Il s'éveillera très tôt à la lutte syndicale en constatant les difficiles conditions de vie et de travail des fellahs, dont ses propres parents faisaient partie.
Sa situation modeste ne lui permettra pas, d’ailleurs, de poursuivre des études secondaires et universitaires, et c’est donc vers le monde du travail qu’il se dirigea. Il connaîtra alors la ségrégation dont souffraient les ouvriers algériens qui étaient souvent exploités et très mal considérés par rapport à leurs collègues français, et il se mobilisera tout naturellement pour la sauvegarde de leurs intérêts. En 1944, il commencera à militer avec d’autres syndicalistes pour la création d’une organisation nationale qui devait prendre en charge les aspirations politiques et sociales des travailleurs algériens. Il multipliera alors les rencontres avec d’autres personnalités. Et en 1947, il dirigera un groupe de syndicalistes affilié à la " commission des affaires sociales et syndicales ", créée par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
Le 24 février 1956, le projet de la création d’une centrale syndicale prit forme à l’issue du premier congrès de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), et Aïssat Idir fut élu secrétaire général. L’engouement pour le syndicat fut immédiat, et dès le premier mois, plus de cent mille adhésions furent enregistrées.
Le siège de la Centrale syndicale, installé à La Vigerie, à Alger, commencera à accueillir des délégations de syndicalistes venues protester auprès de Aïssat Idir de leurs difficiles conditions de travail. Le secrétaire général, fraîchement élu, se consacrera par ailleurs à la mise en place des structures de l’UGTA. Ensuite fut créé le journal de l’organisation syndicale, L’Ouvrier algérien, qui a permis de tenir les travailleurs informés sur les actions menées par la Centrale syndicale et de les mobiliser pour la lutte armée.
Le 22 mai 1956, Aïssat Idir est arrêté dans son bureau à la Centrale syndicale avec d’autres cadres et militants de l’UGTA par la police française. Il sera incarcéré et connaîtra plusieurs prisons (Bossuet, Berrouaghia et Barberousse) où il subira d’atroces tortures ordonnées par le colonel Godart, qui dirigeait alors la DST (Défense et sécurité du territoire). Inculpé d’atteinte à la sécurité de l’Etat, il sera traduit avec vingt-deux autres syndicalistes devant la justice militaire à Alger. La liberté obtenue malgré l‘acharnement des autorités coloniales ne permettra pas à Aïssat Idir pour autant de militer librement pour les droits des travailleurs. Le 13 février 1959, il sera encore arrêté par le colonel Godart et emprisonné. Les tortures qu’il subira eurent raison de la résistance légendaire de l’homme et, le 26 juillet 1959, il rendra l’âme en héros. Il deviendra un exemple à suivre pour tous les Algériens qui luttaient alors pour recouvrer la liberté et un symbole pour les travailleurs et les syndicalistes."
Zhor Hadjam ( article paru dans le journal Le Matin ) |