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Docteur H. LECLERC, in Revue Africaine, 1857. 1858 ; p.143 :

« Je vais maintenant de vous parler de Djemaa es Sahridj. Mon intention n’est pas de discuter son passer : je dirai seulement que sa position correspondre à celle de l’ancienne BIDA ou BIDIL.
Après avoir franchi l’oued Toulourlour, affluent de l’oued Sebaou, qui sépare les Raten des Fraoucen, on laisse à la droite des collines ombragées et l'on marche pendant une heure sur des mamelons que l’été doit couronner d’abondantes moissons. On entre ensuite dans un massif de jardins continus jusqu’à Djemaa es Sahridj, cachée dans les arbres comme chemin étroit, resserré entre deux haies, pavé de grosses pierres assez confusément jetées et d’un difficile parcours.
Je n’oserais affirmer que ce soient là les restes d’une ancienne voie romaine : J’aimerais mieux en reconnaître une dans un tronçon que l’on rencontre aux abords de Djemaa et qui vient directement de la plaine. Des habitants, du reste, qu’eux- mêmes entretenaient ces chemins, de cette façon. Peut être n’ont-ils fait que réparer les brèches faites par le temps à l’œuvre des romains.
L’aspect de Djemaa es Sahridj, quand on y entre en venant de l’Ouest, est parfaitement en rapport avec les idées que peut susciter la connaissance de son passé. C’est le plus beau, nous dirons même le seul beau côté de la ville. Nous conservons ce dernier mot, articulé par les habitants.
On aperçoit tout d’abord un grand emplacement, jonché de débris antiques et entouré d’habitations d’assez bon aspect. Là se tient le marché, sur un sol où de nombreux réseaux de murs à fleur de terre attestent l’occupation romaine. A gauche, on côtoie un basin de 3 à 4 mètres de côté, entièrement construit en grandes pierres taillées. C’est à ce bassin que Djemaa es Sahridj doit son nom. Tout autour se dressent un grand nombre de blocs d’environ un mètre de haut sur une largeur et une épaisseur de moitié. Plusieurs blocs sont aussi encastrés dans les habitations voisines. A droite, on me fit voir, dans la cour d’une maison, un fragment de sculpture antique engagé dans un mur.
Sur l’autre côté de marché, s’élève la mosquée, petite et basse, accostée d’un minaret de modeste apparence. Le tout, cependant, fait bon effet. En avant se dressent deux grands palmiers jumeaux et, derrière la mosquée, apparaît un fond de verdure épaisse, où se confondent avec les figuiers, les grenadiers, les lianes de vigne, tous les arbres fruitiers de nos jardins et même un beau citronnier dont les fruits commencent à jaunir.
En poursuivant vers l’Est, on rencontre deux autres fontaines plus petites que le grand bassin, toutes deux construites en grandes pierres de taille.
On aboutit enfin, à l’extrémité orientale de la ville, à une petite butte sur laquelle, au milieu des tombes, se détachent plusieurs pans de mur, d’un mètre de largeur, construits en petits moellons reliés par un ciment d’une grande solidité. Cette butte domine Djemaa et supportait, probablement, une sorte de citadelle.
On descend de là dans un fourré de toutes sortes d’arbres fruitiers, une vraie forêt, au milieu de laquelle se cachent de mauvaises constructions et même des gourbis, le long de ruelles étroites et fangeuses. Je demandai aux habitants pourquoi, avec tant de richesses, ils se logeaient si mal. Ils me répondirent que le défaut de sécurité les avait jusqu’alors empêchés de bâtir autrement.
J’avais avec moi les «Époques militaires » et Marmol. Je parlai aux Kabyles d’Abdelaziz et du prince de Koukou, mais sans éveiller aucun écho. Seulement, on me dit que les romains avaient jadis occupé le pays ; on ajouta qu’autrefois on rentrait souvent des médailles dans les champs et je fus assez heureux pour me procurer un beau Ptolémée.
Personne ne put m’indiquer de pierre inscrite.
Djemaa es Sahridj a prés d’un millier d’habitants.
J’oubliais d’ajouter que des blocs d’origine romaine se rencontrent çà et là dans le reste des habitations. J’ai vu un fragment de colonne et un chapiteau de style plutôt sarrasin que romain. »