G. DEVAUX, Les kebaïles du Djerjera, études nouvelles sur les pays vulgairement appelés la Grandes-Kabylie ; Paris, 1859, p. 292-298 :« Les Aith-Fraoucen sont bornés au Nord par l’oued Sebaou ; à l’Est, par les Aith-Khelili et les Aith-Manguelate ; à l’Ouest, par les Aith-Iraten. Dix neuf villages, appartenant à diverses fractions, s’élèvent sur leurs territoires. Ce sont : Djemaa Saharidj, (Halaoua, Thadoukarth, Madhel, El Maceur, El Meceloub) ; Thaourirth-Aden ; Thaliouin ; Agouni_bou_Afir ; Aith-Iaich ; Mouça-ou-braham ; Aith Monsour-ou-Ad ; Thizi n’Terga ; El R’Rousse ; Amazoul ; Amaouia ; Bou-Zahrir ; Ir’allen, (Igoulfen, Mahmoud, Aith-Meki), qui totalisent 1225 fusils. Quoique n’ayant pas de grande quantité de moulins à huile, (six) cette tribu possède cependant assez d’oliviers ; seulement, les olives sont traitées par le moyen primitif qui consiste à extraire l’huile par le foulage du fruit et par les lavages des résidus à l’eau bouillante et même froide. Le village de Bou Zahrir est composé uniquement de marabouts qui ne prennent jamais les armes. C’est pourquoi il ne leur est attribué aucun fusil dans la statistique. Il est, d’ailleurs, peu populeux. Djemaa-Saharidj, que Marmol nomme Gemaa-Xaarig, est, d’après les archéologues, le Bidil ou Bida ou Sida des anciens. C’était par-là que passait la voie qui unissait Dellis à Bougie, par la vallée du Sebaou. Les ruines romaines y sont nombreuses, mais en très mauvais état. Je ne crois pas qu’aucune inscription ait été découverte jusqu'à ce jour. Une espèce de médaillon, représentant en relief une tète d’homme et une tête de femme, se voyait, il y a trois ans, parmi les matériaux qui avaient servi à la construction d’une maison située non loin du marché du village. Cette petite sculpture, la seule qui ait été trouvée à Djemaa-Saharidj, n’existe plus sur les lieux : elle est, je pense, au Musée d’Algérie. C’est sur l’emplacement et aux abords du marché dont je vins de parler que se remarquent les ruines les mieux conservées. Un bassin, construit en belles pierres, sert encore a ramassé les eaux d’une belle source. Il existe aussi d’autres bassins plus petits dans l’intérieur du village. C’est à ces constructions hydrauliques que Djemaa-Saharidj doit son nom, qui signifie «réunion (sic) des bassins. D’énormes fondations se montrent çà et là et d’énormes blocs de pierres taillées, ayant sans doute surmonté ces fondations, jonchent le sol de tous côtés. Les maisons du village ont été en grande partie, édifiées avec les débris de ces antiques ruines, mais malgré la qualité de ces matériaux, elles sont de chétive apparence, moins bien bâties et surtout moins tenues, que celles des zouaoua… Les routes qui aboutissent à D-S sont, à cause de la qualité des terres, qui se détrempent très facilement, entretenues avec de grosses pierres qui en rendent le parcours très désagréable. Ces pierres, dont beaucoup affecte la forme de dalles, ont fait croire à quelques personnes que les chemins qu’elles recouvrent pouvaient être d’anciennes voies romaines. Il n’en est rien, car on fera pareille remarque dans les diverses contrées de la kebaïlie, ou les sentiers sont sujets à devenir par trop boueux pendant l’hiver. Une mosquée, de construction sarrasine, s’élève auprès du marché, d’une façon toute pittoresque. Deux palmiers se balancent gracieusement à côté du minaret, lui donnant un charmant aspect. Malheureusement, mosquée et minaret sont lézardés en tous sens et ne tarderont pas à se mêler aux ruines qui les entourent. Les sources qui arrosent les magnifiques jardins du milieu desquels jaillissent les toits de chaume ou de tuiles sont au nombre de 99, d’après le dire des habitants… Une opinion accréditée chez les Kebaïles est que les Ait- Fraoucen descendent des Français. Rien ne s’oppose à ce que cette opinion soit basée sur des faits réels. Vers le milieu du III e siècle, les barbares qui, depuis longtemps se pressaient sur les frontières de l’empire romain, y firent la première de leurs invasions. Les francs, qui se trouvaient alors sur la rive droite du Rhin, poussées par les Alamans, se jetèrent sur la Gaule, l’Espagne, et abordèrent même en Afrique. Un historien grec du V e siècle, Zosime, rend compte de leur débarquement et ajoute qu’ils furent repoussés par des troupes venues de Byzacène (Tunisie) en 275. Comme ni lui, ni aucun autre historien ne dit de quelle manière ils retournèrent dans leur pays, il est permis de supposer qu’une de leurs bandes parvint à s ‘établir dans ces montagnes. » |